23.02.2012

Aube, la saga de l'Europe, 230

Quel passage étroit ! Le chariot passerait-il sans se heurter aux arbres qui le bordaient ? Il serait difficile de lui faire franchir la racine sans le vider. Kleworegs s’avança. Son étalon allait s’engager...
En arrivant devant le passage, Pewortor avait cru voir une forme, indéfinie et fugace, parmi les branchages le surplombant. Il y avait là-haut des feuilles encore vivaces. Pour saluer la fin prochaine de la traversée de cette forêt, il en cueillerait une de son fouet. Elle serait un talisman, symbole du triomphe de la volonté sur les forces de la nature, et de la force des armes humaines sur cette même volonté. Il leva la tête. Une sueur glacée l’inonda. Quelqu’un guettait là-haut, hostile, prêt à bondir...
Entre le fouet et la forme armée qui s’abattirent sur la croupe du cheval de Kleworegs, ce fut une course de vitesse. Une course à la mort. Entre l’arrivée de la mèche et celle du meurtrier, l’espace, tout réduit qu’il était, fut celui d’une vie. La monture fila comme une flèche tandis que le jeune homme, partant en arrière, en tombait pour se rattraper à sa queue, dans l’espoir stupide d’arriver à y remonter. Pewortor avait suivi son roi, sautant par-dessus la racine. On entendait des cris. Ils venaient d’un groupe de trois guerriers. Ils hurlaient à Kleworegs qu’on allait tenter de le tuer. Peut-être les cris avaient-ils commencé un peu plus tôt. Le forgeron n’en avait rien entendu. Il saisissait la bride du coursier de son roi encore tout ébahi, qui l’agonisait d’injures... pour s’arrêter soudain. Il avait aperçu son jeune tueur manqué, se relevant, poignard à la main, couvert de feuilles mortes et d’humus. Il se mit en garde. Pewortor l’imita, puis d’autres, accourus. Il fut bientôt entouré de toute l’escorte. Le convoyeur leur avait tout expliqué. Elle était prête à lui faire le pire des partis. En un instant, il fut désarmé. Kleworegs se planta devant lui, furieux :
– Ce n’est pas mon genre de tuer les fous. J’ai changé d’avis. Si encore nous avions eu querelle, je comprendrais ta tentative absurde… Mais nous ne nous sommes jamais vus. Tu n’es qu’un pauvre, un misérable dément. Remercies-en le ciel, tant que tu n’as tenté de t’en prendre qu’aux hommes. Qui sait, si tu t’étais échappé, si tu ne t’en serais pris aux dieux ?
Il releva la tête. Il était prêt à mourir... comme vengeur, non comme fou.
– J’avais querelle avec toi, Petnesyo ekwosyo Kleworeg ! Tu ne m’as pas entendu ? J’ai frappé au nom des Loutres.
Sa mâchoire en tomba d’un coup. Son meurtrier raté semblait si sérieux ! Mais son prétexte était si stupide, si insensé ! L’imagination, comme les mots, lui manquaient. Entre le claquement du fouet et le hennissement de douleur de sa monture, il n’avait rien entendu de sa dédicace. Tant mieux d’ailleurs. Elle l’aurait laissé sans défense, de stupéfaction. L’autre aurait eu le temps de le tuer. Il en était encore sans voix.
Le bhlaghmen, bousculant les guerriers, s’approcha. Il avait entendu sa remarque. Avant de mourir, il devait savoir... Ou fallait-il lui laisser ses illusions ? Il croisa le regard de son roi. Il n’y avait aucune haine dans ses yeux, plutôt de... la pitié. Sa colère était retombée. Le jeune homme n’avait pas fait vibrer en vain, même à son insu, la corde sensible du courage et de l’honneur.
– Si je te jure, par les jumeaux du serment et du châtiment du parjure, que pas une de mes paroles ne sera mensonge, me croiras-tu, guerrier ou futur guerrier des Loutres ?
– Guerrier ! Ne l’ai-je pas prouvé ?
– Alors, me croiras-tu ?
– Oui. Un prêtre ne mentirait pas à qui va mourir.
Il lui fit le récit du guerrier mort dans son village. Ses narines s’étaient pincées. Il n’ouvrit la bouche que pour lui faire réitérer son serment. À la fin, il n’y tint plus. Il tenta de se jeter sur un glaive. Le guerrier le retira à temps. Il se mit à trembler, secoué d'une fièvre de honte et de sanglots. Il ne pouvait rien se reprocher. Il avait été à son tour le seul homme de son village. Il avait cru venger son honneur... Tous ces efforts... vains, accomplis dans un but injuste ! Il tomba à genoux. Merci aux dieux de l’avoir empêché de tuer sa cible ! Il se tourna vers le forgeron. Béni soit-il d’avoir fait échouer sa tentative ! Même le convoyeur, qui s’était promis de lui casser la tête, se sentait indulgent. Il n’avait pourtant pas de quoi se réjouir. Il aurait dû être le héros de la fête, pour avoir sauvé la vie de Kleworegs... Et ce n’était ni lui, arrivé un instant trop tard, ni le colosse, sans qui le roi serait tombé, gorge ouverte, mais le coupable qui était en point de mire. Qu’il ait au moins le mot de la fin !
– Ce qu’il vient d’apprendre l’a tué. Passerons-nous une lame à travers un cadavre ?

22.02.2012

Aube, la saga de l'Europe, 229

Pewortor avait regretté le poignard laissé dans la tombe de la princesse des terres lointaines. Pourrait-il en forger un aussi réussi ? Sa peur était illogique. Son arme était liée à trop de souvenirs. Impossible d’en refaire un nouveau. Il ne pouvait, cependant, rester sans arme personnelle. Elle devrait être plus originale que les glaives superbes qu’arboraient tous les autres neres... ne rien devoir au métal. Elle symboliserait son élévation. Après qu’il avait si longtemps sué pour armer les autres, d’autres, à leur tour, travailleraient pour lui.
Il n’avait pas cherché loin. La pendaison avortée lui avait apporté l’illumination. La mine défaite, les réflexions désabusées du vétéran qui avait prêté son lasso pour qu’on y suspende le fautif avaient suffi. Il avait trouvé. Il l’avait persuadé que sa lanière de cuir, pour avoir servi à aussi sinistre besogne, n’était plus digne de lui. Malgré le sauvetage de dernier instant de Medhwedmartor, il n’avait plus démordu de cette répugnance nouvelle. Il le lui aurait même donné s’il n’avait été reconnu ner peu après. Pewortor avait dû troquer un glaive contre le lasso de honte qu’il aurait, au vu de son ancien statut, obtenu pour rien. Il y avait en compensation fait ajouter un long fouet à couper une feuille au vol.
Il avait eu tort de prendre le lasso. Il n’y serait jamais bon. Les éleveurs disaient vrai. Cet art s’apprend quand on tète encore sa mère. Mais il avait pris goût à jouer du fouet. Il commençait à se sortir de façon honorable de son maniement. Il avançait dans la forêt, se faisait désigner une feuille par son ou ses voisins, selon la largeur du passage, et repérait parmi ces cibles proposées les plus difficiles à atteindre pour les couper de sa mèche. À droite, à gauche, au-dessus des têtes, peu de celles qu’il visait échappaient à leur sort. C’était bien. Il saurait, avant peu, en fendre en plein vol... Et aussi, perspective plus intéressante, le visage de ses ennemis. Enfin, tout plaisir qu’il en aurait, ça ne vaudrait jamais un bon glaive.

Il sursauta. On parlait, pas très loin... tout près. L’épaisseur de branchages avait amorti les voix. Ils étaient à deux cents pas. Kleworegs marchait en tête, suivi d’un colosse que son cheval peinait à porter. Il s’installa à croupetons sur la branche. Le guerrier-montagne pourrait-il intervenir ? Il ne devait pas s’inquiéter. Il aurait le temps de tuer Kleworegs avant d’être écrasé par les poings énormes. Il n’en demandait pas plus.

Les trois hommes avaient mené grand train. Ils s’attendaient, à chaque coude de la sente, à voir l’escorte. Chaque fois leur espoir était déçu. Ils avaient dormi trop longtemps. Les deux guerriers désespéraient. Si leur chef périssait, ils en porteraient la honte jusqu’à leur proche dernier jour. Une telle faute ne s’expie que dans une expédition où la mort est comme eau en lac. Pourvu qu’ils arrivent à temps. Ceux qu’ils voulaient prévenir étaient tout près.

Il avait bandé ses muscles. Kleworegs approchait. Voilà, son cheval levait la jambe pour franchir la racine qui barrait le chemin. Encore en instant, ma victime... Profite de ton ultime souffle de vie, fais-le durer, durer. Moi aussi, je voudrais qu’il dure une éternité. Jamais homme n’a été aussi puissant que moi en ce flocon de temps !

20.02.2012

Aube, la saga de l'Europe, 228


Il n’y avait plus que quelques enrhumés. L’on n’attendrait pas qu’ils soient guéris pour repartir. Il n’y eut guère de protestations, sauf celles de deux vétérans bien enchifrenés. Ils auraient volontiers dormi plus longtemps. Leurs reniflements leur donnaient un ton nasillard et geignard. Il ne leur faisait guère honneur. Leur aspect était à l’unisson. Il soupira. Qu’ils restent près du feu, pourvu qu’ils l'aient rejoint avant le soir.
Il était parti depuis plus d’un pas du soleil. Il faisait avancer son cheval au pas, regard fixé vers les branches fortes dominant la piste. Beaucoup lui plaisaient, solides et bien placées... Aucune ne répondait à son désir de discrétion. Il devait être caché au-dessus du chemin emprunté pour tomber sur sa victime et l’abattre avant que son escorte ne réagisse. Toutes celles où il aurait pu se jucher auraient plutôt souligné sa présence. Il continua. Rien, encore rien, toujours rien. Elles le laissaient toutes à découvert ; les enchevêtrements qui l’auraient caché étaient trop fragiles ou trop haut. La lisière de la forêt n’allait plus tarder à apparaître. Il fallait qu’il trouve, pourtant.
Si ce passage pouvait convenir ! Il était étroit, et barré par une racine sortant du sol, assez haute pour obliger un cheval à la passer en levant les pattes. Ils ralentiraient pour le franchir. Il n’y aurait pas de meilleur endroit pour frapper. Hélas, les brindilles entortillées le surmontant, idéales pour cacher un homme, ne tiendraient pas quand il voudrait s’élancer. Il ne pourrait fondre sur son ennemi comme l’oiseau de proie. Il serait plutôt oisillon tombant du nid.
Il sauta par dessus la racine et se retourna vers le fragile entrelacs. Maudit soi/... Il avait parlé trop tôt. Juste au-dessus était une branche solide, d’où il prendrait son élan quand il sauterait sur la monture de son ennemi, pour lui trancher la gorge.
C’était la configuration idéale, tant souhaitée, tant cherchée. Les ramilles le cacheraient de la troupe survenant l’âme en paix, chacun assuré de sa sécurité. Il réexamina sa cachette. En regardant en l’air sous un certain angle, on se rendait compte d’une présence éventuelle. Il haussa les épaules. Ils surveilleraient les sous-bois, non les airs. Il monta sur l’arbre et se coucha sur la branche. Il pouvait se reposer et même somnoler un peu. L’escorte était assez bruyante pour le réveiller. Il n’en fit rien. Sa vigilance l’aurait tenu les yeux ouverts, eût-il veillé une main de nuits.

Les deux guerriers avaient promis de dormir un bref moment. Ils étaient encore étendus, entre veille et sommeil, quand il survint. Ils le saluèrent, un peu honteux d’être surpris à faire la grasse matinée. Oui, ils étaient de l’escorte du Joyau. Il ne perdit plus un instant en politesses. Quelqu’un voulait du mal à Kleworegs. Il le guettait dans la forêt. Un homme dangereux : il avait, malgré son jeune âge, eu assez de détermination pour lui courir sus en dépit de ses blessures et de ses peurs. Ils le regardèrent bouche bée. La nouvelle était si folle, si alarmante ! Ils sautèrent sans perdre un instant, se trompant de monture, sur leurs chevaux. Ils partirent sans même éteindre leur feu mourant. Il dut s’en charger.
Il remonta sur le rapide Albhos Ster. L’autre étalon le suivrait, ou se débrouillerait. Il parvint à portée de voix. Ils les héla plusieurs fois avant qu’ils ne daignent l’attendre.
Sa bête était moins fraîche. D’ici à ce qu’ils le distancent à nouveau ! Il devait les prévenir. Qu’ils avertissent leur roi de se méfier des fouillis de branches surplombant la piste. C’est de là, à son idée, que la mort surgirait.
– Tu lui diras toi-même. On va se relayer !

Il avait trouvé l’assise idéale, d’où sauter, à quel moment précis, et comment frapper. Il caressa sa lame. Il pouvait compter sur elle. Elle avait tranché des cuirs plus durs que la gorge d’un guerrier.

17.02.2012

Aube, la saga de l'Europe, 227

La chevauchée continua. L’escorte avançait parmi les arbres dont les dernières feuilles tombaient, malgré une résistance désespérée et inutile. Les rares à survivre mourraient au printemps, tuées par la sève nouvelle. La seule tache verte restait les immenses bois de résineux, refuge des loups et autres mange-miel. Cette partie de la forêt était plus calme. Les fauves ne trouvaient que maigre pitance dans l’immense futaie au sol de feuilles pourrissantes.
La piste, sans être large, aurait permis à deux chariots, sauf en quelques passages étranglés, de se croiser avec un minimum d’efforts et de bonne volonté. Elle n'autorisait pas pour autant une longue halte. Il fallait, pour trouver un gîte parfait, où les montures se débanderaient et paîtraient tout à leur aise, parvenir à une clairière naturelle, bien élargie par les nombreux voyageurs. Elle donnerait l’hospitalité idéale. Ils pressèrent le pas. Ils arrivèrent, bien avant ciel rouge, dans d'anciens essarts où passer la nuit. Il faisait un peu meilleur. Ils prendraient un sommeil réparateur. Ils se présenteraient fiers et fringants. Quelle allure auraient-ils sinon, tout couverts de belles fourrures et équipés d’armes de héros qu’ils étaient, goutte au nez et reniflant ? Que chacun se repose jusqu’à santé revenue !

Il suivait l’escorte à distance. Il n’avait pas mis longtemps à la rattraper après son somme. Voilà environ deux pas de Sawel qu’il maintenait le même intervalle entre eux. L’étroite piste était idéale pour sa traque. Au moindre bruit suspect, il se réfugierait dans les sous-bois, peu denses. Il les emprunterait quand il voudrait la dépasser en secret. Il avait déjà repéré, sur l’étroit chemin, des rétrécissements, des étranglements, à peine assez larges pour laisser passer un chariot. Même longs de quelques pas, ils convenaient à ses desseins, surtout ceux où deux arbres jumeaux entrecroisaient à faible hauteur leurs branches parasitées de gui ou de lierre.
Il faillit se laisser surprendre par la brusque halte. Quelle idée de s’arrêter alors qu’un bon moment encore restait à courir avant que le soleil n’entre en septentrion ! Il prit un chemin de traverse. Cette halte tombait à pic. Il aurait tout le temps pour tendre son piège et trouver le meilleur endroit pour se poster en embuscade. Il revint, sitôt assuré de passer inaperçu, sur la piste principale. Il y chevaucherait jusqu’au coucher de l’astre du jour. Il choisit son endroit pour être sûr d’être réveillé par le premier rayon de soleil. Il devrait partir tôt et aller à pas lents, jusqu’à ce qu’il trouve le lieu idéal pour guetter sa victime... fondre sur elle.


Il était content de lui. Il serait auprès de Kleworegs le lendemain, au milieu ou en fin de l’après-midi. La halte choisie par le roi avant de pénétrer dans la forêt était idéale. Le sommeil le prenait. Il s’y installa. Il se versa une grande gorgée de l’hydromel du maquignon. Il était sur. Quel dommage de n’avoir cassé que deux dents à ce pourri !

16.02.2012

Aube, la saga de l'Europe, 226

Il s’était installé tout près du camp. Ils allaient se réveiller. Il attendait, impatient. Il apercevrait Kleworegs avant de s’endormir. Il avait fait un long détour et attaché son cheval à bonne distance pour éviter que, sentant ses congénères, il ne hennît. Il se tenait derrière un buisson de ronces. Elles avaient perdu presque toutes leurs feuilles, mais avaient poussé drues, serrées à former un muret qui le cachait, et hostiles. Personne ne viendrait par ici. À condition de ne pas s’endormir de fatigue sur les épines, son poste de guet était plus confortable que celui d’où il avait observé son sanglier.
Le petit camp était silencieux. Les sentinelles, zélées, tendaient l’oreille au moindre bruit. Il avait avancé, furet, en tapinois. Elles n’avaient rien remarqué de son approche et de son affût muets. Le feu s’éteignait à mesure du lever du soleil, comme si sa pauvre lueur s’effaçait devant l’éclat céleste. Les guerriers s’éveillèrent.
Ils se plaignaient de la fraîcheur nocturne. Quelle fraîcheur ? L'attente avait coupé en lui toute sensation. À mesure qu’ils s’étiraient et se levaient, il tentait de deviner lequel allait mourir. Certes pas le colosse qui se raclait la gorge et venait de cracher vers le buisson, le manquant de peu malgré la distance. Le borgne qui le saluait avait bien une prestance royale, mais Kleworegs eût été connu sous ce nom s’il avait perdu un œil. Assez joué aux devinettes ! Il le saurait vite. C’est toujours le roi qui donne le signal du départ. Pourvu qu’ils ne tardent pas. Le sommeil le gagnait.
L’ankylose se mit de la partie. Il tint bon. Cette attente l’avait édifié. L’attaque de nuit, furtive et imparable, était exclue. Les gardes ne l’avaient pas remarqué pour la seule raison qu’il était resté au-delà du cercle de sécurité qu’ils s’étaient tracé. Le corps du mulot que le plus gros avait tranché en deux, rien que pour vérifier ses réflexes et s’assurer de sa précision, était là pour le prouver. Il n’aurait pas le temps, de cette façon, d’accomplir sa vengeance.
Il revint à l’escorte. Ils étaient à cheval, prêts à partir. Un grand homme mince et musclé, à sa tête, levait son bras armé.
– Pour la gloire de notre nom, en route, compagnons !
Kleworegs ! C’était lui ! Il savait enfin à quoi il ressemblait.
La seule chose qu’il ne savait pas encore était comment il le tuerait, mais il le tuerait. Ça, il le savait.

Il s’était posé les mêmes questions, avait fait les mêmes déductions. Son voleur oublié, seuls importaient le roi du Joyau et ses hommes. Il suivrait leur piste dès le point du jour. Il dormirait en attendant. Bien reposé, il parcourrait une plus longue étape. Il serait le soir à très courte chevauchée de qui il cherchait.
Il se fit un lit de branchages – le sol était mouillé – et se couvrit de son épaisse peau de loup. Le froid ne put rien contre lui. Ses montures coupaient le vent. Leurs flancs fournissaient une agréable chaleur. Il s’assoupit sans tarder.

L'escorte avait pris la grande trouée. Il retourna auprès de son cheval dormant déjà. Il l’aurait volontiers imité jusqu’au coucher du soleil. Le devoir primait. Son somme serait très bref. Au besoin, il somnolerait dessus. Il devait à un moment quelconque la rattraper et passer devant.
Il avait eu un signe en revenant près du coursier. Un milan fondait du ciel sur sa proie. Il avait remercié les dieux. Sa seule chance d’atteindre son ennemi était le guet-apens. Frapper, tuer, et... Ils savaient ce qui lui arriverait ensuite. Il s’en remettait à eux.
Il dormit tranquille. À son réveil, frais et dispos, le soleil était à mi-course vers son plus haut. Son poursuivant était en route depuis l’aube, dernier de ses soucis.